Retrouver une intériorité pour mieux rayonner

19 Mar 2026 | Actualités, Presse

Antoine Pasquier, journaliste à Famille chrétienne, est venu passer quelques jours au couvent à l’occasion d’un grand reportage consacré au diocèse de Bordeaux. Il a pris le temps de découvrir la communauté, d’échanger avec les frères et de partager avec nous la liturgie et la table. Qu’il en soit vivement remercié !

Vous pouvez retrouver le dossier complet sur le site de famille chrétienne, intitulé : « 2026, un sacré millésime : à Bordeaux, le dynamisme du plus grand diocèse de France ».

Ci-dessous, l’article consacré à notre couvent et à la campagne de rénovation de nos bâtiments conventuels.

« Retrouver une intériorité pour mieux rayonner » : Dominicains de Bordeaux, un couvent arrivé à pleine maturation 

Installés depuis trente ans au cœur de la ville, les Frères prêcheurs multiplient les apostolats et accueillent un nombre grandissant de novices. Pour accompagner cet essor et préserver leur vie de prière, ils ont lancé un vaste chantier de rénovation.

Photo © Marion Parent/Divergence pour FC

La nuit a déjà enveloppé le Vieux Bordeaux. Des éclats de voix et des rires montent de la longue et emblématique rue Sainte-Catherine, colonne vertébrale et commerciale de la cité bordelaise. À deux pas de là, rue des Ayres, une tout autre mélodie s’élève sous les marbres de l’église Saint-Paul-Saint-François-Xavier, petit bijou du baroque urbain. Une dizaine de religieux dominicains quittent, deux par deux, le chœur, dominé par une monumentale statue, L’Apothéose de saint François Xavier, et entonnent le Salve Regina. Ils se dirigent vers une représentation de saint Dominique recevant le rosaire des mains de la Vierge Marie. L’office des complies s’achève sur une antienne au fondateur de l’ordre, avant que les Frères ne rejoignent le couvent dans une obscurité totale.

C’est là qu’habita Montaigne

De nuit comme de jour, le couvent des Dominicains de Bordeaux est un joli puzzle dont le visiteur s’amuse à essayer de recomposer chacune des parties. De l’extérieur, seul se dévoile l’édifice fondé au XVIIsiècle par – l’histoire est parfois cocasse – les Jésuites ! À cette église, qui fut autrefois la maison des profès de la Compagnie de Jésus, les Frères prêcheurs ont, il y a trente ans, arrimé perpendiculairement trois maisons bourgeoises, donnant à l’ensemble la forme d’un « E ». Au centre, se trouve la Mairerie, magnifique bâtisse Renaissance qui, comme son nom l’indique aisément, fut la demeure du maire. C’est là qu’habita Montaigne, dont la tour du même nom se laisse toujours apercevoir depuis le petit cloître.

<p>Les Dominicains de Bordeaux doivent agrandir leur couvent, puisqu'ils accueillent 6 à 10 frères étudiants par an. </p>

Malgré ses 3 000 m² sur trois étages, le couvent s’avère désormais trop exigu pour une communauté en pleine expansion. Depuis six ans, dans la Province dominicaine de Toulouse – dont dépend le prieuré de Bordeaux –, les entrées au noviciat sont en effet passées d’une moyenne de quatre à six, voire dix par an. « Sur les vingt-six Frères que compte notre maison, la moitié sont des étudiants qui viennent suivre chez nous leurs deux années de philosophie », explique le Frère Romaric Morin, prieur. Résultat : un nombre de cellules insuffisant, une salle de récréation et un réfectoire sous-dimensionnés… Sans compter les problèmes inhérents aux vieilles bâtisses : une toiture qui s’affaisse, des infiltrations d’eau et la nécessité de remettre les bâtiments aux normes incendie, etc.

Après les travaux, cette véranda laissera place à l’une des quatre galeries du cloître. / Marion Parent/Divergence pour FC

Une croissance inattendue

Les Frères prêcheurs ont profité de cette croissance inattendue – et des petits inconvénients matériels qu’elle entraîne – pour repenser entièrement leur couvent. Ils ont lancé, en novembre, un ambitieux chantier qui devrait s’échelonner sur quatre à cinq ans pour un coût total de 6,5 millions d’euros. «Nous voulons “conventualiser” nos bâtiments en redessinant, au centre, un vrai cloître et en redistribuant les lieux autour de celui-ci», détaille le Frère Romaric, dont le mandat à la tête de la communauté expire courant mars. Concrètement, en plus d’un nouveau cloître doté d’une véritable galerie, la bibliothèque sera rénovée avec huit mètres de galeries en hauteur. Le réfectoire sera déplacé sous un hangar peu utilisé, et les espaces d’accueil – parloirs, bureaux du pèlerinage du Rosaire, etc. – seront installés en périphérie du couvent, du côté de la rue des Ayres. L’idée n’est pas seulement de revoir la circulation ou de gagner de l’espace, mais «de retrouver une intériorité pour mieux rayonner » à l’extérieur, résume le prieur de 52 ans.

Malgré ses 3 000m² sur trois étages, le couvent s’avère désormais trop exigu pour une communauté en pleine expansion. / Marion Parent/Divergence pour FC

Car les missions exercées par les dominicains, qu’ils soient profès solennels ou étudiants, sont à l’image de l’Église de Bordeaux : diverses, ouvertes sur le monde et tournées vers l’apostolat, sans esprit de rivalité. « Ici, on constate une vraie unité entre les différents catholiques », témoigne le Frère Michaël-Marie, 25 ans, en deuxième année de philo, Parisien d’origine, issu d’une famille tradi. Pour preuve, les Frères prêcheurs du couvent de la Vierge du Rosaire collaborent avec la paroisse Notre-Dame d’Aquitaine, très cosmopolite. «Sur un même territoire, il y a la cathédrale Saint-André, les Marianistes, l’Institut du Bon Pasteur et nous», énumère le prieur. En plus de leurs missions à l’Institut Pey Berland (pour la formation spirituelle, pastorale, biblique, théologique et universitaire du diocèse), ou de l’organisation du pèlerinage du Rosaire, ils mènent aussi un important apostolat auprès des jeunes.

Les Frères se préparent pour l’office du milieu du jour. / Marion Parent/Divergence pour FC

Retournée par une homélie

Les dominicains ont ainsi la responsabilité des aumôneries du lycée Le Mirail, du collège Albert-le-Grand et du lycée de La Sauque, et ils animent deux grands groupes de jeunes : Lumen, sorte de parcours Even en version thomiste pour les « grands » étudiants et les jeunes professionnels ; et Mission, qui alterne chaque semaine topos, adoration et maraude avec près de 200 étudiants ! «Notre liturgie, polyphonique, attire beaucoup», confie le Frère Corentin Pezet, aumônier à Albert-le-Grand. « Il existe, dans notre communauté, un véritable ethos liturgique. » Les offices (ouverts au public) et la messe dominicale sont célébrés selon la Liturgie chorale du Peuple de Dieu, composée à l’abbaye de Sylvanès, en Aveyron. «C’est la marque de toute la province », précise le prieur.

C’est cette liturgie particulière, ainsi que les prédications, qui attirent aussi des catéchumènes, dont une vingtaine devrait être baptisés à Pâques. «Je me souviens d’une jeune femme qui est entrée dans notre église et qui a été retournée par une homélie, raconte le Frère Dominique-Raphaël Kling, responsable du catéchuménat au sein du couvent. Sur ces questions-là, le diocèse fait preuve d’une grande agilité et devient une référence en matière de transformation pastorale missionnaire. »

D’agilité, les Frères n’en manquent pas non plus. Pour financer leurs travaux, ils se sont lancés dans l’aventure de la levée de fonds. « C’est un univers totalement nouveau pour nous », reconnaît le Frère Jourdain-Marie Le Pargneux, chargé de cette nouvelle « forme de mendicité ». L’objectif, cependant, ne se limite pas à collecter de l’argent. « C’est aussi une manière de faire rayonner notre apostolat auprès d’un nouveau public, notamment les entreprises. Nous pouvons, par exemple, leur offrir des pistes de réflexion philosophique sur les grandes questions qui traversent leur activité.» Une démarche dans la plus pure tradition thomiste : «Il est plus beau de transmettre aux autres ce qu’on a contemplé que de contempler seulement», disait saint Thomas d’Aquin.